
Quel regard porte l’Agence d’urbanisme sur les grandes mutations du territoire de la Métropole Rouen Normandie ces dernières années, et les trajectoires qui se dessinent à horizon 2050 ?
Lorsque l’on évoque l’avenir des territoires, on pense souvent à l’emploi, au logement, à la mobilité ou encore au foncier. Pourtant, le sujet qui conditionne largement tous les autres est sans doute la démographie.
Nous sommes en train de vivre une transformation silencieuse mais profonde de notre société. En France, une personne sur cinq a aujourd’hui plus de 65 ans ; ce sera une sur trois à l’horizon 2060. Pour la première fois de notre histoire, nous allons devoir aménager nos territoires dans un contexte marqué à la fois par le vieillissement de la population, la transition écologique et la raréfaction des ressources foncières.
Cette évolution aura des conséquences directes sur les besoins en logements, en services, en mobilités, en santé ou encore sur l’organisation des proximités et des accessibilités. Elle interroge également notre manière de concevoir les centralités, les espaces et services et les solidarités territoriales.
Dans le même temps, les aspirations évoluent. Les habitants recherchent davantage de qualité de vie, d'accès à la nature et de proximité dans leur quotidien.
La question n’est donc plus celle du développement du territoire, mais de sa capacité à s’adapter à ces mutations tout en préservant ce qui fait sa qualité et son attractivité. C’est précisément tout l’enjeu de la trajectoire engagée par la Métropole à l’horizon 2050.
Dans le contexte de finalisation du SCoT-AEC, quels sont selon vous les principaux défis que la Métropole doit relever pour concilier attractivité, transition écologique et sobriété foncière ?
Le principal défi consiste à démontrer que ces objectifs ne sont pas contradictoires.
Longtemps, l’attractivité a souvent été associée à l’extension urbaine. Aujourd’hui, la réalité est différente. Les habitants attendent des territoires qu’ils offrent un cadre de vie de qualité, des services accessibles, des espaces naturels préservés et des mobilités efficaces.
La sobriété dans l’utilisation des ressources invite ainsi à renouveler nos façons de « faire la ville ». Elle consiste à mieux mobiliser les ressources déjà présentes sur le territoire : réinvestir les espaces urbanisés, reconquérir les sites sous-utilisés, adapter le parc de logements aux évolutions démographiques ou encore valoriser davantage les équipements existants.
Cette évolution traduit l’émergence d’une approche plus circulaire de l’aménagement. Pendant longtemps, le développement reposait principalement sur la mobilisation de nouvelles ressources. Désormais, l’enjeu est de transformer, réutiliser et valoriser l’existant afin de répondre aux besoins des habitants tout en limitant les impacts environnementaux.
L’enjeu n’est donc pas seulement de consommer moins d’espace, mais de mieux adapter les territoires aux besoins d’une population qui vieillit, à des ménages plus petits et à des usages qui évoluent.
Le défi est finalement moins de construire davantage que de construire autrement, en recherchant un meilleur équilibre entre développement, préservation des ressources et qualité de vie.
Comment l’Agence d’urbanisme accompagne-t-elle la Métropole dans la traduction concrète de ces ambitions, notamment dans la future révision du PLUi ?
L’Agence intervient avant tout comme un outil d’aide à la décision au service des élus et des collectivités.
Notre mission consiste à objectiver les dynamiques territoriales, à mettre en lumière les tendances de long terme et à éclairer les conséquences concrètes des choix d’aménagement. Nous produisons des analyses, des observatoires et des travaux prospectifs qui permettent de mieux comprendre les évolutions à l’œuvre et d’anticiper les besoins futurs.
La spécificité d’une agence d’urbanisme réside également dans sa capacité à croiser les échelles géographiques et temporelles. Nous pouvons analyser les besoins d’un quartier tout en les replaçant dans les dynamiques métropolitaines, régionales ou de la vallée de la Seine. De la même manière, nous aidons les collectivités à articuler les préoccupations du quotidien avec les transformations qui se dessineront dans dix, vingt ou trente ans.
Dans le cadre du SCoT-AEC comme de la future révision du PLUi, notre rôle est d’aider à faire le lien entre une vision stratégique de long terme et sa traduction opérationnelle dans les politiques publiques.
Plus largement, nous cherchons à apporter un regard transversal sur les enjeux du territoire. Car les questions de logement, de mobilité, de climat, de foncier ou de vieillissement ne peuvent plus être traitées séparément. Elles forment un système qu’il faut appréhender dans sa globalité pour construire une métropole à la fois attractive, solidaire et résiliente.
Pendant des décennies, nous avons aménagé nos territoires pour accompagner la croissance. Le défi des prochaines années sera d’adapter nos territoires aux transformations démographiques, climatiques et sociétales qui sont déjà à l’œuvre.