
Comment concilier urgence climatique et préparation d’un avenir plus juste pour nous tous ? Comment vivrons-nous en 2050 ? Ces questions sont au cœur des réflexions engagées par la Métropole Rouen Normandie à l'occasion de la révision de deux documents stratégiques pour le territoire : le Schéma de COhérence Territorial – Air Énergie Climat (SCoT-AEC) et le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi).
Dans ce cadre, une large concertation est menée sur le territoire métropolitain, à destination de tous les publics, même ceux qui paraissent éloignés de ces sujets.
Inclure le handicap dans cette stratégie globale de concertation était donc une évidence.
Nous avons rencontré Pierre-Marie Chiron, chef de service du pôle parcours social de l'association le Pré-de-la-Bataille, qui fait référence dans l'accompagnement des publics handicapés, où un atelier de concertation a été mené.
L’organisation d’un temps de concertation comme celui que la Métropole a mis en œuvre au Pré de la Bataille sur le projet de territoire Rouen Métropole 2050 a-t-il été apprécié et compris par les adultes en situation de handicap ?
Notre association a pour but de proposer à des personnes en situation de handicap, en difficulté sociale ou très éloignées de l’emploi, jeunes ou adultes, des réponses adaptées, complètes ou complémentaires, en conformité avec leurs désirs, attentes et besoins. L’objectif est de faire émerger leurs potentialités afin de gommer, ou tout au moins de réduire, les obstacles rencontrés dans le cadre de leur parcours de vie. L’idée d’intégrer un process de concertation nous a semblé intéressant.
Nous avons vraiment pris le temps d’organiser cet atelier avec l’équipe concertation de la Métropole. Les éducateurs ont pris part à la préparation puis à l’atelier en lui-même, pour épauler l’équipe organisatrice.
Les participants ont particulièrement apprécié ce temps de consultation durant lequel ils ont pu exprimer leurs points de vue sur les grands enjeux de la Métropole par le biais de dessins. Ils ont été aidés par les professionnels présents, qui ont adapté leur langage et leur diaporama, ce qui a permis de contourner le handicap du langage souvent bloquant pour eux. Au final, de belles idées ont émergé, telles que la mise en place de boîtes à livres dans les bus.
Ces ateliers de concertation peuvent-ils, selon vous, être inclusifs, c’est-à-dire faire participer les citoyens en situation de handicap au même titre que les autres, en particulier lors des concertations grand public ?
Pour pouvoir rendre efficaces ces temps de concertation dans un cadre inclusif, en présence d'un large public, plusieurs paramètres doivent être pris en compte en amont. Il faut travailler la présentation de façon qu'elle soit accessible à tous. Pour cela le format "facile à lire et à comprendre" semble le plus adapté. Ce format a l'avantage de pouvoir être adopté par tout type de public, le public du milieu ordinaire comme celui constitué de personnes en situation de handicap.
Le sujet du temps de sollicitation doit aussi être prise en considération. En effet, le temps de concentration des personnes en situation de handicap est limité. Il ne faut pas prévoir une sollicitation au-delà de 45 minutes.
Ces aménagements sont indispensables pour permettre aux publics en situation de handicap de pouvoir s'approprier les thèmes proposés et de pouvoir s'exprimer. La difficulté est d'aménager le temps de consultation en fonction des différences des publics accueillis. Un temps restreint permet-il d'aborder l'ensemble des thématiques ? Peut-être faut-il proposer différents temps durant cette consultation ? Un premier temps court de présentation et de consultation sur les sujets principaux suivi d’un temps où chacun est libre de rester ou de partir ? Une réflexion doit être menée pour permettre la participation de tous les publics et que chacun puisse y trouver sa place.
Selon vous, en quoi permettent-ils une meilleure prise en compte des handicaps dans le projet de territoire Rouen Métropole 2050 ?
Ces temps permettent aux personnes en situation de handicap, par la singularité de leur regard, de leur vécu, d’être force de propositions originales et innovantes sur l’ensemble des sujets abordés. Une force de propositions que la population du milieu ordinaire ne serait peut-être pas en capacité d’imaginer !
Leur vision de l’habitat idéal, des transports en commun ou encore des espaces de loisirs peuvent ouvrir nos horizons, c’est pour tout ça qu’il est important de consulter tous les publics.
Ceci permet ainsi d’élaborer un projet au plus près des besoins de l’ensemble des populations du territoire notamment celles en situation de handicap qui ne sont, de fait, pas oubliées. Il est important que l’inclusion soit bien préparée et reste bien présente dans l’élaboration des documents réglementaires. Nous espérons que cet atelier en appellera d’autres, pourquoi pas dans l’un de nos ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail), après celui réalisé au CAJ (Centre d’Activités de Jour) ?