Consultez les voeux de la Métropole Rouen Normandie
Aller au contenu principal

Gaspard Lieb : morale de la chute

  •   21/09/20

Impossible d’y échapper. Dès qu’on passe le seuil de l’Insa Rouen Normandie, le collage de Gaspard Lieb capte le regard autant qu’il incite à la réflexion. Mais pourquoi la chute d’Icare à l'entrée d'une école d'ingénieurs?

Avec ses 6 mètres de haut et 11 de large, ce collage est le plus grand, réalisé à ce jour dans l’agglomération rouennaise. Une œuvre d’autant plus fascinante qu’elle représente une scène tragique. Non, Dédale ne parviendra pas à sauver son fils Icare.

Sur un cartouche placé dans le hall d’accueil de l’Insa, l’artiste Gaspard Lieb a pris la peine d’associer une légende à son œuvre et de rappeler les origines du mythe qui nous renvoie à une actualité brûlante. “C’est un peu l’histoire d’un délire d’orgueil et d’une ivresse de toute puissance, commente-t-il. Après que Dédale, le génial ingénieur, concepteur du labyrinthe qui emprisonna le minotaure, se retrouve condamné à son tour au sein de ce même labyrinthe, il se met à construire des ailes pour s’enfuir avec son fils Icare”. À ce moment-là, la technique s’avère providentielle. Mais lorsqu’Icare, en dépit des recommandations de son père, commence à se prendre pour un Dieu, la sanction est immédiate.

“En quelque sorte, le fils se tue avec la création de son père, enivré par la toute-puissance que lui accorde la technique”, insiste Gaspard Lieb. Gare à l’orgueil donc qui porte parfois l’homme à croire qu’il peut tout maîtriser. “Les progrès de la science ont amené l’homme à se penser “comme maître et possesseur de la Nature” selon le mot célèbre de Descartes. Mais ce n’est qu’une illusion, un jeu dangereux et déconnecté du réel.” Un message qui s’adresse avec d’autant plus de force aux ingénieurs de demain qui entretiennent les espoirs d’une science bienfaitrice entre les murs de l’Insa.

Enfin, au-delà de l’invitation à méditer sur les risques d’un progrès et d’une technique non maîtrisés, l'œuvre de Gaspard Lieb se donne aussi à voir pour sa beauté. "Un art gratuit, rappelle-t-il. Pour revenir au beau et non pas seulement à ce qui est utile.”