1880Un projet ambitieux
et fédérateur

La création du musée d'Elbeuf obéit à une double initiative : municipale et privée. Le Conseil municipal adopte en novembre 1880 deux délibérations portant sur la création d'un musée d'art, qui côtoierait dans l'Hôtel de Ville un second musée, destiné à abriter la collection d'oiseaux naturalisés de Pierre Noury, ancien préparateur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris et professeur de dessin à la Société Industrielle d'Elbeuf.

Ces deux délibérations illustrent la volonté des élus de créer deux établissements : l'un consacré aux arts, l'autre aux sciences naturelles. Toutefois, le projet de musée de beaux-arts est rapidement abandonné, celui d'histoire naturelle étant validé lors du Conseil municipal du 17 novembre 1882.

Parallèlement un comité se constitue dans le but d'ouvrir une souscription pour acquérir la collection de Pierre Noury et d'en faire don à la municipalité. Pas moins de 800 souscripteurs, dont la Société d'Enseignement mutuel des Sciences Naturelles d'Elbeuf (créée en 1881), la Société industrielle (créée en 1859), le Ministère de l'Instruction Publique, le chimiste Eugène Chevreul, l'astronome Camille Flammarion et Jules Ferry participent au projet.

Doté d'une collection, d'un lieu – l'Hôtel de ville, d'un conservateur, Pierre Noury, le musée d'Elbeuf est créé et prêt à ouvrir ses portes au public.

1884L'ouverture du Musée
d'Elbeuf

Le musée est inauguré le 15 mars, ouvert le 26 mars aux souscripteurs et le 30 mars au public. Installée dans une salle unique, au rez-de-chaussée de l'Hôtel de ville, la collection présente essentiellement de la zoologie, avec la collection ornithologique et d'autres exemples du règne animal.

Néanmoins, Pierre Noury, qui en est le premier conservateur, souhaite faire entrer les Beaux-Arts dans les collections. Comme dans d'autres villes, l'idée est de faire du musée un établissement à vocation universaliste. Afin de présenter des peintures et des sculptures, il reçoit de l'Etat plusieurs dépôts, parmi lesquels des toiles (Delorme, Colin…) et des sculptures (Mengin, Houssaye…).

Les années 1890Un musée de sociétés
savantes

Dans les années 1890, le musée est un véritable foyer de travail et de recherches fréquenté par de nombreux naturalistes réunis dans un premier temps par la Société d'Enseignement Mutuel des Sciences naturelles devenue Société d'Etudes des Sciences Naturelles d'Elbeuf en 1884. Signe de l'emprise sur le musée de ces groupements savants, la Société normande d'étude préhistorique s'y réunit lors de sa fondation, en 1893.

Ces amateurs, souvent issus de la bourgeoisie locale enrichie par l'industrie, contribuent à l'accroissement des collections grâce à de nombreux dons ainsi qu'à la recherche, en participant aux excursions scientifiques menées par Pierre Noury sur le terrain : forêt, marais, falaises d'Orival…

En cette fin du XIXe siècle, les musées présentent leurs collections de manière très dense, privilégiant l'accumulation. A Elbeuf comme ailleurs, la présentation des abondantes collectes et découvertes des naturalistes favorise les mises en scènes de taxidermies parfois spectaculaires ainsi qu'une exposition systématique de la diversité scientifique.

1894-1944Léon Coulon, conservateur

Professeur à l'école primaire supérieure d'Elbeuf en 1885, proche de Pierre Noury, il lui succède en 1894. Féru d'entomologie (étude des insectes), de botanique et de géologie, c'est un naturaliste complet qui aura à cœur de réorienter les collections en direction des sciences naturelles. Sous sa direction, le musée cesse presque ses acquisitions d'œuvres d'art.

A la fois conservateur du musée, correspondant du Muséum de Paris et membre de plusieurs sociétés savantes, notamment de La Société d'Etudes des Sciences naturelles d'Elbeuf, il contribue largement à la connaissance des collections du musée en étudiant, disséquant et classant les nombreux spécimens ainsi qu'en rédigeant plusieurs catalogues.

1944La ville bombardée

La ville d'Elbeuf connait plusieurs bombardements de 1940 à 1944. Si le musée est peu touché, le désordre général et les vitrines brisées obligent à fermer le lieu au public.

Gabriel Loisel, le nouveau conservateur, succède à Léon Coulon, au moment le plus critique de l'histoire du musée. C'est à lui que revient la tâche du nettoyage, du tri et de la remise en état des salles afin d'assurer la réouverture en 1950.

Quelques traces de cette période sont encore visibles : le portrait de Napoléon Bonaparte par Delaunay, par exemple, est à l'origine un portrait en pied réduit à un portrait en buste suite aux dégâts causés dans la partie inférieure de la toile.

1954Charles Brisson, conservateur

L'arrivée en 1954 de Charles Brisson, qui n'est pas naturaliste mais architecte de formation, érudit local et historien amateur, met de nouveau en question l'orientation du musée. Son intérêt pour l'histoire locale permet de faire entrer dans les collections de nouveaux objets, notamment des vestiges archéologiques découverts à Caudebec-les-Elbeuf et des éléments en lien avec l'activité drapière sur le déclin. Pleinement intégré dans les réseaux historiques normands, il élabore en outre une très riche documentation sur l'histoire locale et rédige de nombreux articles et chroniques, au style souvent enlevé.

Si Charles Brisson renouvèle la gestion des collections, c'est également le premier à se soucier de l'accueil des publics. Il souhaite que les visiteurs retrouvent le chemin des salles, réaménagées et réorganisées à cette fin.

1960-1965Arrivée des collections
archéologiques de
Caudebec-les-Elbeuf

Si le désintérêt du musée pour l'archéologie a longtemps servi les collections du Musée des Antiquités de Seine-Maritime à Rouen et les musées proches comme celui de Louviers, plusieurs découvertes locales vont peu à peu faire leur apparition dans les collections.

Les fouilles menées à Caudebec-lès-Elbeuf sur un terrain horticole vont mettre au jour une nécropole liée à une petite agglomération antique, Uggade. A cette occasion, de nombreux objets en très bon état de conservation sont découverts. Les sarcophages, urnes funéraires, céramiques et quelques verreries rejoignent les collections du musée, qui peut ainsi créer un espace dédié à l'Antiquité locale, tandis que d'autres pièces de verre, bijoux et objets religieux sont conservés par le propriétaire du lieu fouillé. En 2010, l'ensemble de la collection est réuni après le don de Madame Chevrier au musée.

1994Arrivée des machines
dans les collections

Les années 1970-1980 marquent la disparition de l'industrie drapière, qui enrichissait Elbeuf et ses alentours depuis près de 500 ans. Ses vestiges (machines, bâtiments…) deviennent peu à peu objets de patrimoine, symboles de l'« âge d'or » de la production textile. Charles Brisson avait déjà commencé à collecter des témoins de cette activité, mais il faut attendre les fermetures massives des années 1970, puis la disparition de la dernière usine en 1992, pour que les esprits acceptent cette patrimonialisation de l'industrie.

L'entrée dans les collections des grosses machines industrielles fait définitivement sortir le musée d'Elbeuf du modèle simple du muséum.

Néanmoins, les collections textiles ne vont pas rejoindre les salles du musée à l'hôtel de ville. Présentés dans l'ancienne usine Fraenckel-Herzog d'Elbeuf, métiers à tisser, cardeuses et autres foulons sont visibles pour le public le week-end et sur demande. Cette exposition sera éphémère, les conditions de sécurité n'étant pas réunies pour accueillir matériel mécanique et public dans ce bâtiment pourtant inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

2006Le projet scientifique et culturel

Peu de temps après avoir pris la compétence « Culture », l'intercommunalité se voit transférer la gestion du musée et lance un vaste chantier de réhabilitation des anciennes usines Blin & Blin pour y abriter les collections du musée, jusqu'alors conservées dans les locaux de la mairie d'Elbeuf.

- Le projet scientifique et culturel (PSC)
En 2006, la rédaction du PSC (Projet scientifique et culturel, document traçant une politique globale du musée en matière de conservation des collections et de diffusion auprès des publics) est l'occasion d'engager une réflexion complète sur l'identité du futur musée, qui regroupera enfin dans les mêmes locaux, les collections de sciences naturelles et de sciences humaines. Le nouvel établissement est réorienté vers le territoire, dans ses composantes humaines, environnementales, économiques...
Il s'agit alors d'associer au sein de la présentation les sciences naturelles, l'archéologie et le textile.

Lire la vidéo : D'un musée à l'autre - Le chantier des collections

2007-2009Un musée en chantier

- Le chantier des collections
Dans la perspective de l'aménagement du musée et de nouvelles réserves, un chantier des collections est engagé en 2007. Les objets conservés dans des lieux disparates et non adaptés vont faire l'objet d'un dépoussiérage, d'un conditionnement et d'un récolement (opération d'inventaire et de vérification de la présence des objets). Une meilleure connaissance des collections et de leur état de conservation permet de mettre en place des mesures de conservation préventive pour assurer leur sauvegarde. Pour les objets les plus endommagés, c'est l'option de la restauration qui s'impose. C'est notamment le cas de certaines peintures, sculptures, mais aussi d'une horloge, de mobilier et de vêtements liturgiques.

A terme, ce sont environ 45 000 objets qui ont bénéficié d'un traitement adapté, réalisé par deux restauratrices habilitées et par l'équipe du musée.

Lire la vidéo : D'un musée à l'autre - L'aménagement du musée

2010Ouverture de la Fabrique
des savoirs

Installée à Elbeuf, la Fabrique des savoirs est implantée sur le site de l'ancien établissement textile Blin & Blin. Après deux ans et demi de travaux de réhabilitation, le musée prend place au sein d'un équipement culturel regroupant plusieurs services liés au patrimoine, une MJC et un centre de formation.

Doté de 2000m² d'exposition permanente, d'une salle d'exposition temporaire, d'un auditorium, de deux salles d'animation pédagogique, le musée ouvre ses portes le 15 octobre 2010.

Les collections non présentées trouvent également une place de choix dans des réserves aménagées, réunissant les meilleures conditions de conservation et de sécurité.

2014La vie au musée

Après quatre ans d'ouverture au sein de la Fabrique des savoirs, le musée d'Elbeuf voit sa fréquentation augmenter d'année en année (22 954 visites en 2012, 32 541 visites 2013). La programmation, articulée autour de visites-découvertes, de conférences et d'ateliers destinés aux plus jeunes, favorisent l'accueil d'un public varié.

L'ensemble de ces évènements est également l'occasion de mener des projets transversaux avec les Archives patrimoniales et le Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine, deux services qui partagent les mêmes murs et travaillent également à la conservation et valorisation du patrimoine du territoire elbeuvien.